“Bonnarien” de Adiel Goliot, un court pépite

Mauricette Bonnarien, 27 ans, travaille comme dockeuse au port de Dégrad des Cannes, en Guyane. Le reste du temps, elle slame. Très complexée par son nom de famille imposé à son ancêtre lors de l’abolition de l’esclavage, elle se bat pour mener à bien une procédure de changement de nom. Il est temps de faire entendre à son entourage son nouveau patronyme.

Bonnarien de Adiel Goliot

PRODUIT PAR Post-Genres Productions

2023 / 20 min

Critique

En acceptant de faire partie du jury d’un festival de cinéma, on nourrit toujours l’espoir que surgisse, au détour d’un visionnage, un film qui nous bouleverse, profondément et durablement. J’ai eu cette chance en octobre 2024, alors que j’étais membre du jury « court-métrage » du festival Lespri Sinema en Martinique.

Cette année-là, le film guyanais Bonnarien, réalisé par Adiel Goliot, s’est vu décerner le Prix Antilles-Guyane du Court-métrage.

Et cette année-là, j’ai découvert un grand petit film, d’une qualité d’écriture rare.

"Bonnarien" est un film "rond", au sens le plus noble du terme : harmonieux, parfaitement construit, profondément organique. La fin fait écho au début, non par artifice ni coquetterie scénaristique, mais parce que le récit trace un arc émotionnel si juste, si sincère, qu’il se referme naturellement sur lui-même. 

On sent qu’il a été écrit dans une urgence viscérale. Et c’est précisément cette nécessité absolue - d’écrire, de dire, de transmettre - qui bouleverse.

Porté par un casting irréprochable, évitant tous les clichés, Bonnarien explore les questions d’identité et le poids de l'Histoire. À travers le parcours de Mauricette, docker et slameuse, qui cherche à changer de nom pour se libérer d’un héritage colonial, c’est tout un peuple en quête de soi qui est convoqué.

Bonnarien n’est qu’histoires d’amour.  L’amour de l’Autre, qui nous révèle à nous-mêmes. L’amour de soi, qu’il faut patiemment exhumer. L’amour pour son pays, même s’il est meurtri (surtout s'il est meurtri? ). L'amour des mots, enfin.

Un amour des mots vécu comme un combat pour se faire entendre, pour se dire, pour exister pleinement. Trouver le mot juste, comme on cherche le nom juste, c’est tenter de définir qui l’on est et peut-être, enfin, trouver sa juste place dans le monde. Car ici, les mots ne sont pas de simples outils : ce sont des armes douces, des instruments de reconquête intérieure.

Bonnarien rappelle ce que l’art sait faire de plus beau lorsqu'il est authentique : transformer l'intime en émotion universelle. 

Florence Combaluzier

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