critique

“Fantasma Neon”

Écrit et réalisé par Leonardo Martinelli - 2021

Productions Ayssa Yamaguti Norek, Leonardo Martinelli, Rafael Teixeira.

Fantasma Neon est un conte musical brésilien racontant l’histoire de João Lázaro, qui travaille dans les rues de Rio de Janeiro comme livreur à vélo. Le film a reçu le Léopard d’or au Festival de Locarno et a été couronné au Festival de Biarritz Amérique Latine. Léonardo Martinelli travaille à l’adaptation de son court en long-métrage.

Interview

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Critique - Transmettre le savoir, des connaissances, c’est nécessairement étiqueter, inscrire dans une case afin que l’intelligence puisse faire son travail de mémoire, et se raccrocher à des traces précises. Ainsi, dans cette perspective, la notion de genre cinématographique entre en scène en désignant des oeuvres matérialisées par des caractéristiques esthétiques, formelles similaires ou voisines.

Cependant, une oeuvre reste ce qu’elle est, autrement dit une irréductible tentative de saisie qui sans cesse nous échappe de par sa liberté profonde de création. Il en va donc du court-métrage Fantasma Neon de Leonardo Martinelli, réalisateur brésilien,  qui nous invite à suivre les tribulations d’un livreur rêvant d’avoir une moto. Comment classer une telle oeuvre?

Les différentes entrées sur la toile parle de documentaire musical mais cette Oeuvre Volante Non Identifiée emprunte dans un même mouvement des chemins divers et variés. Partant effectivement de la comédie musicale et du documentaire pour se rendre dans les tonalités du drame social ou de la comédie de moeurs, le court-métrage amplifie sa course dans un final symbolique inscrit dans les questionnements profonds du fantastique.

On connaît l’appétence du cinéma sud-américain pour l’esthétique du fragment, avec par exemple l’univers unique d’Inarritu dans Amours Chiennes et dans l’atmosphérique Babel, ou encore des films coups de poing comme Les Nouveaux Sauvages de Damian Szifron pour ne citer qu’eux. Ce n’est donc pas un hasard si Léonardo Martinelli s’inscrit dans cette direction, et apparaît dors et déjà comme l’un des réalisateurs les plus prometteurs de cette nouvelle vague de cinéastes brésiliens qui marquent le monde du cinéma.

Fantasma Neon n’est pas un jeu sur le style, mais une interrogation sur notre existence, à l’heure où la mondialisation broie matériellement les vies dans une ubérisation mécanique du travail. Notre livreur affronte les affres du capitalisme par une danse et des chants envoûtants, un « cygne » de révolte dans un pays comme le Brésil tant marqué par les inégalités sociales.

Sénèque disait à son cher Lucilius que « ce n’est d’être nulle part, que d’être partout », mais n’est-ce pas la définition même d’une oeuvre, capable de dépasser toutes les cases, tous les systèmes et toutes les formules?

Encore une fois, une oeuvre n’est qu’une chose, une force qui va!

Philippe Nijean

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