entretien

Nadia Charlery est réalisatrice de fiction, clips et publicités, en même temps qu’elle exerce le métier de directrice de casting en Martinique . Elle a réalisé 6 court-métrages dont “Ti-coq” qui a reçu le prix Hohoha à la semaine de la critique à Cannes.


Comment travailles-tu tes personnages? Sont-ils moteurs de tes narrations et à quel moment tu sais qu'ils commencent à exister?

Ma double casquette de directrice de casting me permet de visualiser très rapidement mes personnages. Parfois même avant de commencer à écrire, j’ai en tête un comédien donc en écrivant les dialogues je le visualise , je le fais « déjà parler » ce qui me permet de mieux le personnaliser.

Mais sinon mon inspiration de démarrage d’un scénario vient le plus souvent d’une situation, d’un lieu, et le personnage arrive très vite ensuite pour construire la narration.

Mais c’est vrai que j’ai une façon d’écrire qui n’est pas très « conformiste» on va dire, j’ai plutôt une écriture instinctive et donc je construis mes personnages en les écrivant au fil de ma narration, et pas vraiment comme il est d’usage en faisant d’abord des fiches de personnage.

Dans quoi rêves-tu de les plonger? 

Dans leur dualité…leur « nannan » !

“Une tendre histoire d’amour entre un enfant, sa mamie et un coq”.

Un film de Nadia Charlery produit par Chronoprod.

Parle-nous de l’un de tes personnages, celui de “Ti Coq” par exemple ?

J’ai plutôt envie de parler de mes prochains personnages…notamment avec le long métrage que je suis en train d’écrire, je vais explorer l’amitié et la gémellité, sujets qui m’ont toujours attirée. Ces thématiques seront sous-jacentes à l’histoire même où il sera question d’un triangle, non pas amoureux mais sentimental au sens propre du terme. Et puis j’ai aussi un projet de série où là , l’univers sera plutôt féminin. Donc work in progress et plein d’envies de personnages à mettre en image !

Raconte-nous les thèmes qui traversent tes films?

L’amour et l’humour je crois…

As-tu une obsession pour certaines thématiques que tu retrouves de façon récurrente dans ton travail?

Pas d’obsession mais ce qui est marrant par contre c’est qu’à chaque fois que je pense à un scénario, j’ai tendance à écrire des histoires instinctivement pour des personnages masculins ! Faudra que j’en parle à un psy, mais je travaille a rééquilibrer tout ça dans mes prochains projets ;-)

Comment définirais-tu le cinéma caribéen? Quelles sont ses thématiques de prédilection et/ou traits communs ? 

Difficile de le définir…mais je dirais, riche de son métissage, comme nous en fait ! Avec des thématiques plus identitaires forcément, notamment l’univers magico-religieux que l’on retrouve assez souvent dans le cinema caribéen. Mais c'est clair qu’au-delà de ça, il a une couleur singulière, une empreinte liée a ses ambiances, ses décors, ses différentes influences, son casting.

Ce qui est dommage c’est que finalement on a peu d’occasion d’apprécier ce cinéma à part quand on se déplace en festival dans la caraïbe ou grâce à Steve Zebina lors de ses programmations cinéma à Tropiques Atrium. Et pourtant les îles voisines sont très actives et tournent beaucoup plus qu’on ne le pense, mais avec un modele économique et de fabrication différent du notre du fait qu’on soit français/européen, ce qui rend la coopération plus compliquée parfois malgré la proximité.

Pour autant, l’industrie du cinéma caribéen gagnerait en force et en rayonnement si on pouvait avoir plus de coproductions, c’est certain. Et il est temps aussi que les jeunes générations puissent s’identifier à des héros, et que dans nos salles de cinéma il y ait aussi plus de films, d’histoires qui nous ressemblent.

Le cinéma de genre y a-t-il sa place et de quelle façon?  

Bien sûr, même si notre cinéma est jeune et encore en devenir c’est justement le moment de proposer, de faire découvrir, « d’éduquer » notre oeil à autre chose. 

Comment parler du féminin dans ce cinéma caribéen? 

Vaste sujet, incontournable sujet dans nos sociétés matriarcales pleines de complexité. Donc il y a pleins de façons possible d’aborder les thèmes autour de la femme. Par exemple, sa place, son rôle, ses blessures et son évolution. 

Parle-nous d'un(e) autre cinéaste caribéen dont tu suis le travail avec attention? 

J’aurais une observation plus globale car à chaque festival martiniquais ou Caribéen, je suis agréablement surprise de noter qu’il y a de plus en plus de femmes au générique, de scénaristes, de réalisatrices antillaises qui font des films et émergent dans un milieu et un secteur d’activité qui était plutôt masculin à fortiori aux Antilles. Donc je suis assez optimiste pour la suite et ravie de ces différentes sensibilités qui vont enrichir notre paysage cinématographique.

Entretien réalisé le 15/01/2024

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